Les goûts et les couleurs du bout du monde

Longtemps dénigrée, cette immense île du sud de l’Australie est devenue une destination prisée depuis l’ouverture de son musée. Le lieu idéal pour les amateurs d’art, de nature préservée et de plaisirs culinaires.

Le catamaran géant glisse à toute allure sur la rivière Derwent. Sur le ponton, les passagers sirotent un apéritif. Parois camouflage, intérieur décoré de graffitis et d’un mouton monumental, ce « ferry » high-tech est tout sauf banal.

Sa destination ne l’est pas moins. Il nous mène au MONA – Museum of Old and New Art (musée d’art ancien et nouveau) – de Hobart, en Tasmanie. Un musée improbable dans une petite ville d’une île australe méconnue. Au regard de l’Australie, immense pays-continent, la Tasmanie est une « petite » île. Territoire reculé de l’hémisphère Sud, un peu moins grand que le Portugal (90 000 km2), peuplée de quelque 500 000 habitants, on la surnomme Inspiration Island (île de l’inspiration) et Natural State (Etat nature) en raison de son environnement préservé. Taillée comme un diamant, émaillée de myriades d’atolls, baies et lagons, alternant plages, forêts, vignobles et champs fertiles, c’est aussi une terre de contrastes, riche et singulière.

Si elle nous évoque une contrée exotique, elle fut longtemps considérée provinciale, voire ringarde, par les Australiens du Mainland (continent). Aujour­d’hui, « Tassie » a pris du galon. La petite sœur complexée est devenue un point d’attraction majeur en Océanie, et ce, en grande partie grâce à David Walsh, l’atypique fondateur du MONA. Génie à tendance autiste et érudit rock’n’roll, cet enfant des faubourgs de Hobart a fait fortune au jeu. En 1995, il s’est acheté un grand vignoble perché sur une péninsule pour y construire un musée à sa démesure.

Ouvert en 2011 après six ans de travaux et 200 millions de dollars australiens (136 millions d’euros), le MONA a un abord plutôt humble : une façade d’acier Corten, une volée de marches pour atteindre l’entrée depuis le ponton, un court de tennis. L’idée du collectionneur : « Le musée ne doit pas être un temple qui force le respect. L’art doit être découvert et non exposé, vécu et non imposé. » Sous terre, un dédale de halls et de galeries creusées dans la roche ; à l’extérieur, une chapelle de mariage, un bar à vins pour déguster les crus maison du Domaine Moorilla (« rocher au bord de l’eau », en dialecte aborigène), un immense pré parsemé de poufs, des concerts et fêtes nocturnes, des chambres avec vue sur la rivière…

Plus qu’un simple lieu d’art, David Walsh et son épouse Kirsha ont conçu un mode de vie, un univers libre et déjanté qui attire les foules. « Walshie est notre héros local », entend-on partout. « Il a changé le visage économique et culturel de notre île. » « Il nous a montré que tout était possible. »

Originaire de Melbourne, le chef David Moyle, qui a lancé le restaurant Franklin il y a dix-huit mois à Hobart, en convient lui aussi : « Nous n’aurions pas pu ouvrir ici sans l’existence du MONA ! » Franklin est un restaurant branché ambitieux, au décor post-industriel (béton et acier) et menu créatif. Attenant à une boulangerie artisanale et un bar à jus bio minimaliste chic, le lieu est devenu l’une des cantines favorites de l’île.

A la carte, assiettes fraîches et franches qui changent au fil des jours : kingfish cru, radis noir et algue ; tomate confite et calamar ; polenta, moelle fumée, gésiers de canard ; ormeaux grillés au feu de bois. « Je souhaite que cet endroit devienne une institution,confie David Moyle. Un lieu où les gens aiment retrouver des goûts qu’ils connaissent et en découvrir de nouveaux. »

17 février 2017

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